Lettre d'un Breton
expatrié à Bruxelles
Fidèle à ses engagements, l'Écho du Village ouvre ses pages à un coup de gueule,
Celui de Claude Guillemain, Breton expatrié à Bruxelles...
Lettre d'un Breton expatrié à Bruxelles
Bruxelles, le 23 juin 1999
Le Conseil constitutionnel de l'Etat français a jugé contraire à la Constitution la
charte européenne des langues régionales ou minoritaires signée le 7 mai dernier, au
motif que cette charte porte atteinte "aux principes constitutionnels
d'indivisibilité de la République, d'égalité devant la loi et d'unicité du peuple
français".
Les juges constitutionnels ont estimé en outre que ces dispositions "sont
également contraires au premier alinéa de l'article 2 de la Constitution en ce qu'elles
tendent à reconnaître un droit à pratiquer une langue autre que le français non
seulement dans la "vie privée", mais également dans la "vie
publique", à laquelle la charte rattache la justice et les autorités
administratives et services publics".
Et aujourd'hui, le président Jacques Chirac a refusé de prendre l'initiative d'une
révision de la Constitution.
Oui, c'est lamentable.
Quelle leçon en tirer pour la Bretagne en général, et pour Diwan en particulier?
Première leçon : les bonnes intentions ne suffisent plus aujourd'hui. Il faut, encore
et toujours, lutter pour notre langue et notre culture, sans même faire confiance, ne
serait-ce qu'un instant, aux hommes politiques de France.
Deuxième leçon : si les intentions de l'état français, à l'origine inspirées des
principes démocratiques de l'état de droit, aboutissent à la négation même de ces
principes démocratiques, si la politique de l'étouffement culturel que nous avons connue
devient une politique de refus pur et simple et de mépris agressif envers notre culture
et notre langue, alors nous, Bretons, devrons mener notre politique exactement à
l'inverse de celle de l'état français.
Dès lors, la seule politique globale et intelligente consistera à réclamer pour
notre Bretagne et pour toutes les nations minoritaires Européennes, les clés pacifiques
et démocratiques d'une nécessaire autonomie.
C'est la voie suivie par nos cousins celtes d'Ecosse et du Pays de Galles, qui
connaissent aujourd'hui la liberté et l'autonomie, ce difficile et nécessaire
cheminement des pensées et des curs, qui prend en compte l'environnement politique,
historique, culturel, linguistique et humain.
Face à un état français qui représente en Europe un rare exemple de forteresse
jacobine - quelque peu démantelée, ces temps derniers - la Bretagne doit conduire son
peuple vers une solution politique d'autonomie. A notre peuple de se révéler et de
croire en son héritage, face à un système étatique périmé qui n'a pas encore
réalisé la fin de son rêve de contrôle centralisé.
Sans racines nous ne sommes que des ombres
Claude
Guillemain
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